Au pays  de BMW, le vélo est roi.

Non cet article n'est pas une provocation, ni un canulard destiné à railler les possesseurs de BMW, symboles chez nous de l'homo voiturus, d'individualisme forcené et des comportements qui vont avec.
C'est juste l'histoire d'un cycliste urbain en voyage à Munich (ville de BMW) et à Rosenheim, petite ville de 60000 âmes distante de 60 km.

Tous à vélo?

En restant quelques semaines sur place, je me suis rendu compte, et sans utiliser de comptages sophistiqués, de ce fait incroyable: les déplacements à vélo y sont plus nombreux qu'en voiture, non seulement dans le centre mais aussi dans les quartiers plus périphériques. La voiture et même souvent supplantée par les transports collectifs, plus ou moins importants suivant la taille des villes. Quant aux autos qui roulent malgré tout, elles respectent le code de la route et surtout les limites de vitesse à 30 ou 50.
Voici quelques photos pour illustrer mon propos.
Photos de parkings à vélos, 300 à 500 devant la gare de Rosenheim par exemple

Et puis surtout celle de la Mercedes respectant bien sagement la piste des vélos à un carrefour.

Elle me rappelle la tête ébahie des conducteurs que toute ma famille à vélo remerciait chaleureusement d'avoir cédé la priorité. Imaginez donc la vôtre si la voisine  vous remerciait sincèrement de ne pas lui avoir fait de croche patte dans l'escalier.

Là bas, se déplacer à vélo ne présente qu'une difficulté, trouver une place pour laisser sa monture. Des places, il y en a partout, et pas seulement aux stations de tram, mais des vélos aussi il y en a partout!!

A tel point que les magasins ont installé des range-vélos à leurs couleurs pour mieux attirer le client.

Il est inutile de s'étendre sur la qualité et la sécurité du réseau cyclable et le niveau technique des responsables bavarois des transports qu'elles supposent. Tenter une comparaison avec l'agglo de Montpellier serait aussi inepte que de mettre en regard les réseaux ferroviaires du Malawi et de la France. (En écrivant cela, j'ai une pensée émue pour les Grands Dirigeants du génie urbain que nous avons rencontrés en mairie).
 

Le plaisir de la ville et de la vie.

Enfin, le résultat est là: Munich, ville de 1,3 million d'habitants, opulente s'il en est, est calme, silencieuse et largement épargnée par la pollution atmosphérique.

Les centres des villes sont bien vivants, le commerce florissant. Quel plaisir de faire ses achats au milieu des monuments historiques (ceux qui ont été reconstruits...) des vitrines pimpantes, des rencontres insolites! Comparez donc avec les Français-en-bagnole dans les hypermarchés, hangars minables dans des zones hideuses à coté desquels les usines du 19 siècle passent pour les sommets de l'esthétique. Qu'y font ils? Ils poussent bêtement (comme des bêtes?) des charriots, à la queue leu leu, parmi des rayonnages d'usine, assourdis par une "musique" lave neurones; fourmis semblables à des millions d'autres.

On pourrait porter la comparaison à d'autres domaines de la vie courante, aller au travail, à l'école, chez des amis, au ciné, au concert.
Quel plaisir de voir un bambin de 8 ans en ville sur son vélo, une mémé avec son panier de légumes, un "yuppie" en costard-cravatte juché sur son vieux clou en plein centre de Munich, ou mieux encore, un spectateur du festival de Salzburg se rendant au concert en smoking irréprochable, sur son vélo (c'est à côté, et pour ceux qui ne le savent pas, les prix éloignent les ploucs comme nous).

Faites la transposition en France, c'est i-ni-ma-gi-na-ble.

Et qui oserait dire que l'Allemagne est un pays pauvre, pas moderne, autophobe, archaïque, lointain......
Certes, toutes les villes n'y sont pas organisées ainsi, mais c'est la tendance.

Alors pourquoi eux?

Il n'y a pas de secret, la différence c'est la réflexion politique, au sens noble du terme. L'organisation de la ville y a fait l'objet de débats et de décisions. Le titre d'un livre de 1981, édité avec le soutien de l'Etat de Bavière, résume tout: "De Profitopolis à la ville des humains". La question des déplacements y était abordée franchement comme découlant de l'organisation de la ville et toutes les conséquences finement analysées.
On ne peut pas dire que les maires français, qui ont la haute main sur l'urbanisme, aient de telles préoccupations.
Aujourd'hui le résultat est là: nos villes fonctionnent, en plus propre c'est vrai, comme des villes du tiers monde, livrées à la désorganisation et la loi de la jungle automobile.
Pourquoi s'étonner du carnage routier, des ravages de la pollution sonore et atmosphérique? et que penser de ceux qui ont mis nos villes dans un tel état?

Mais comment aller de l'avant?

Ce n'est pas chose facile de promouvoir le progrès dans un pays qui vient d'applaudir à la veule et coûteuse capitulation du gouvernement devant les exigences incroyables des patrons routiers ("Ils tuent, ils puent, et ils polluent", ça ne vous rappelle rien?).
Mais la réalité a la vie dure, et l'accumulation de contradictions insurmontables rend la poursuite de la non-politique de la ville de plus en plus difficile.
Nos voisins nous montrent qu'autre chose est possible. Comme nous, de nombreux citadins s'en rendent compte et aspirent à une autre ville. Montrons l'exemple, aidons cette aspiration à prendre vie et parions qu'à la fin, nos élus, avachis dans leurs limousines offertes par le contribuable, finiront par se rendre compte qu'ils ne peuvent faire autrement que changer de direction.

Faisons du vélo en ville!!!